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Compétences en IA : l'outil n'est pas le problème.

  • 9 août
  • 5 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 août

L'installation d'un outil est seulement le premier pas. Ce qui décide de son effet, ce sont les compétences en IA de l'équipe.


Deux collaborateurs l'utilisent pour tout, y compris pour des tâches auxquelles il n'a jamais été destiné. Trois n'y touchent pas, parce qu'ils ne lui font pas confiance. La direction du cabinet voit une facture, mais aucun effet clair. Et personne dans l'équipe ne saurait expliquer, si on le lui demandait, comment ce système parvient à ses réponses.


Les deux groupes agissent pour la même raison : personne ne leur a jamais expliqué ce que cet outil sait faire ni où s'arrêtent ses possibilités. Ce n'est pas un problème de technologie, mais une lacune de compétences.


Commençons par la bonne nouvelle : cette lacune peut être comblée, et sans projet informatique. Ce qu'il faut pour cela porte un nom : les compétences en IA, décrites dans la recherche sous le terme d'« AI literacy ». Ce que cela recouvre exactement et ce que votre cabinet ou votre secrétariat y gagne concrètement, c'est l'objet de cet article.


Avoir des compétences en IA, ce n'est pas savoir s'en servir


La définition courante décrit l'« AI literacy » comme l'ensemble des capacités dont les personnes ont besoin pour vivre, apprendre et travailler dans un environnement marqué par l'IA. Cela paraît abstrait, mais recouvre trois choses très concrètes.


Premièrement, une compréhension technique de base : savoir que ces systèmes reposent sur des probabilités statistiques et non sur un savoir établi — c'est pourquoi ils peuvent formuler de manière convaincante ce qui est factuellement faux. Deuxièmement, le cadre juridique : comprendre quelles données peuvent entrer dans quel outil et lesquelles non. Troisièmement, l'évaluation des conséquences : pouvoir apprécier ce que cet usage signifie pour les patientes et patients, pour le personnel, pour votre propre réputation, mais aussi pour la société.


L'élément le plus important tient à une distinction que l'on ne fait presque jamais au quotidien : automatisation ou augmentation. L'automatisation consiste à confier une étape de travail entièrement à l'IA. L'augmentation, elle, consiste à répartir cette étape entre l'humain et la machine, de sorte que chacun apporte ses forces : l'IA fournit le projet, l'humain vérifie, corrige et assume.


Cette distinction n'a rien d'académique. En novembre 2025, le Stanford Digital Economy Lab a analysé les données salariales du prestataire américain ADP et constaté, chez les 22 à 25 ans exerçant des professions fortement exposées à l'IA, un recul relatif de l'emploi d'environ 16 %. Mais l'essentiel se trouve dans la seconde moitié du constat : le recul s'est produit là où l'AI remplace le travail. Dans les professions où l'IA complète le travail, l'emploi a progressé.


Ce n'est pas l'IA qui supprime des postes. C'est la manière de s'en servir.


En Suisse, ce n'est plus une question d'avenir


Le Fonds monétaire international estime qu'environ 40 % des emplois dans le monde sont touchés par l'IA. Dans les économies avancées comme la Suisse, la proportion atteint quelque 60 %, parce que le travail de savoir et d'information y occupe une place plus grande.


Le Swiss eHealth Barometer 2026, réalisé par gfs.bern, montre le regard que porte la branche sur cette évolution : 84 % des professionnels de la santé interrogés peuvent imaginer automatiser à l'avenir des tâches de routine à l'aide de l'IA. Le rapport en tire une conclusion remarquablement claire : l'utilité de l'IA dépend directement d'un niveau de compétence suffisant, et sans formation ciblée, le potentiel reste inexploité.


La FMH, Fédération des médecins suisses, ne dit pas autre chose. Dans ses recommandations sur l'utilisation des grands modèles de langage, elle retient que les médecins ne devraient recourir à de tels systèmes que là où ils sont professionnellement en mesure de repérer les erreurs et d'apprécier la qualité des réponses. Pas de compétence, pas d'utilisation. La formule tient en peu de mots.


S'y ajoute une obligation que beaucoup n'ont pas encore en tête. Depuis le 2 février 2025, l'article 4 du règlement européen sur l'intelligence artificielle exige des entreprises qu'elles assurent la maîtrise de l'IA de leur personnel. La disposition s'applique de manière extraterritoriale et peut concerner des entreprises suisses dès lors qu'un lien avec l'UE existe. Qui met des outils d'IA à disposition de son équipe, ou en tolère l'usage, doit donc pouvoir démontrer qu'elle a été formée.


Ce que votre organisation y gagne concrètement


Premièrement : de la vue d'ensemble et de la transparence. Dès qu'une équipe comprend où sont les limites, l'usage discret d'outils gratuits privés cesse. Vous apprenez ce qui se passe réellement dans votre organisation. C'est la condition préalable pour pouvoir asseoir correctement la protection des données.


Deuxièmement : une utilité démontrable. Une équipe formée reconnaît d'elle-même pour quelles tâches l'IA vaut la peine et pour lesquelles non. Au lieu d'un outil que les uns sollicitent à l'excès et que les autres évitent, on obtient un petit nombre d'applications clairement définies, avec un gain de temps mesurable. Pour les secrétariats d'associations, cela concerne souvent le travail rédactionnel : réponses aux procédures de consultation, communication aux membres, traductions dans les langues nationales.


Troisièmement : une équipe qui gagne en valeur au lieu de devenir remplaçable. Qui se contente d'utiliser l'IA se rend lui-même superflu. Qui la pilote, la vérifie et en assume la responsabilité augmente sa propre création de valeur. C'est précisément cette posture qui décide, au vu des données actuelles, si des postes disparaissent ou se créent.


Et un quatrième effet vient en prime : la peur de la technologie recule. La recherche décrit cette « AI anxiety » comme une réaction répandue face au changement — et le développement des compétences en IA comme le remède le plus efficace.


L'état du droit, l'état des données et les recommandations de l'organisation professionnelle vont tous dans le même sens. Ce n'est pas le prochain outil qui décide de l'utilité de l'IA dans votre organisation, mais la compétence des personnes qui s'en servent.


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Cet article fournit des informations générales et ne remplace pas un conseil juridique dans un cas particulier.


Sources

 
 
 

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